Où s’expatrier pour payer moins d’impôts : le panorama par continent
Où s’expatrier pour payer moins d’impôts dépend moins d’un classement de taux que de votre profil et de la réalité de votre installation. Plusieurs pays offrent en 2025-2026 des régimes attractifs, mais chacun impose des conditions de fond. Voici un panorama honnête, continent par continent.

Où s’expatrier pour payer moins d’impôts en Europe
L’Europe reste la première étape pour beaucoup de Français, parce qu’elle combine proximité, conventions fiscales solides et plusieurs régimes spéciaux. Aucun n’est une formalité : tous reposent sur une résidence réelle et la plupart sur des conditions précises.
Le Portugal a changé de visage. L’ancien statut NHR a été aboli fin 2023, remplacé depuis le 1er janvier 2024 par l’IFICI, parfois appelé « NHR 2.0 ». Il applique un taux d’IRS forfaitaire de 20 % sur les revenus d’activité éligibles (recherche scientifique, innovation, professions à haute valeur ajoutée) pendant dix ans, avec exonération de certains revenus étrangers. Le changement à connaître absolument : les pensions étrangères ne sont plus exonérées et sont imposées au barème progressif, de 14,5 % à 53 %. Le régime vise donc une activité éligible, pas la retraite tranquille que beaucoup imaginent encore.
À Chypre, le statut de résident non-domicilié exonère de la Special Defence Contribution les dividendes et intérêts pendant dix-sept ans, là où un résident domicilié supporterait 17 % sur les dividendes et 30 % sur les intérêts. La contribution santé GESY de 2,65 % reste due, plafonnée. Une réforme évoquée pour 2026 abaisserait la SDC dividendes à 5 %, mais elle reste à confirmer, et la substance demeure exigée (au moins 183 jours, ou la règle des 60 jours).
Malte fonctionne sur la base de la remise (remittance basis) : les revenus étrangers ne sont imposés que s’ils sont rapatriés sur l’île, et les plus-values étrangères ne le sont jamais. En contrepartie, un impôt minimum de 5 000 € par an s’applique dès que les revenus étrangers dépassent 35 000 €. Attention au détail piégeux : une dépense réglée par carte à Malte compte comme une remittance.
L’Italie attire les patrimoines mobiles avec son régime des néo-résidents (art. 24-bis TUIR) : un forfait annuel couvrant l’ensemble des revenus étrangers, porté de 100 000 € à 200 000 € par an pour les transferts intervenus après le 10 août 2024, avec 25 000 € par membre de famille, pour quinze ans. Pour les actifs, le régime des impatriés exonère 50 % du revenu d’activité italien (60 % avec un enfant mineur), dans la limite de 600 000 € par an et sur cinq ans. Une hausse du forfait à 300 000 € a été évoquée pour 2026, à confirmer.
La Grèce propose deux portes. Les retraités étrangers peuvent opter pour une imposition forfaitaire de 7 % sur leurs revenus étrangers pendant quinze ans. Les autres profils visent le régime non-dom, un forfait de 100 000 € par an conditionné à un investissement d’au moins 500 000 €, également sur quinze ans. Le régime retraités suppose de ne pas avoir été résident grec cinq des six dernières années et d’arriver d’un pays lié à la Grèce par une convention.
L’Espagne a son régime « Beckham » (art. 93 LIRPF) : un taux fixe de 24 % sur les revenus du travail de source espagnole jusqu’à 600 000 €, 47 % au-delà, pendant six ans. Il suppose en général un déplacement professionnel vers une entité espagnole et de ne pas avoir été résident les cinq années précédentes.
L’Andorre plafonne son IRPF à 10 % : barème à 0 % jusqu’à 24 000 €, 5 % de 24 000 à 40 000 €, puis 10 %, sans impôt sur la fortune. La résidence suppose plus de 183 jours sur place ou un centre d’intérêts économiques, et la convention France-Andorre est en vigueur.
La Suisse réserve son forfait fiscal (imposition d’après la dépense) aux étrangers sans activité lucrative dans le pays. La base est calculée sur le train de vie, avec un plancher fédéral indexé autour de 434 700 CHF pour 2025. Le régime a été aboli dans plusieurs cantons (Zurich, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Schaffhouse, Appenzell, Argovie), et la France peut écarter les avantages conventionnels via sa clause anti-forfait.
Reste Monaco, souvent cité à tort. La Principauté ne prélève aucun impôt sur le revenu de ses résidents, mais les Français y restent imposables en France en vertu de la convention franco-monégasque du 18 mai 1963 (sauf installation ininterrompue antérieure au 13 octobre 1962). Pour un Français, Monaco est donc fiscalement inutile au regard de l’impôt sur le revenu.
Si votre départ doit d’abord clarifier votre situation française, mieux vaut comprendre comment ne plus être résident fiscal français avant de comparer les destinations.
| Pays | Régime clé | Chiffre clé | Condition |
|---|---|---|---|
| — | — | — | — |
| Portugal | IFICI (« NHR 2.0 ») | 20 % sur activité éligible (depuis 2024) | Activité éligible ; pensions non exonérées |
| Chypre | Non-dom | Dividendes/intérêts exonérés 17 ans | Substance (≥ 183 j ou règle 60 j) |
| Malte | Remittance basis | Impôt minimum 5 000 €/an | Résidence réelle ; revenus étrangers > 35 000 € |
| Italie | Néo-résidents (art. 24-bis) | Forfait 200 000 €/an (après 10/08/2024) | Non-résident 9 des 10 années précédentes |
| Grèce | Retraités | 7 % sur revenus étrangers, 15 ans | Non-résident 5 des 6 dernières années |
| Espagne | Régime Beckham | 24 % jusqu’à 600 000 € | Déplacement professionnel ; 6 ans |
| Andorre | IRPF plafonné | 10 % au-delà de 40 000 € | Résidence > 183 j ou intérêts économiques |
| Émirats / Dubaï | Pas d’IR personnel | 0 % sur les revenus des personnes | TRC : substance réelle (≥ 183 j) |
| Singapour | Territorialité | 24 % au-delà de 1 M S$ (depuis 2024) | Résidence ≥ 183 j |
| Maurice | Barème progressif | 0/10/20 % (depuis le 1er juillet 2025) | Résidence réelle ; CRS applicable |

Au Moyen-Orient : la fiscalité zéro, mais sous conditions
Le Golfe concentre les régimes à taux nul sur les revenus des personnes physiques. C’est réel, mais cela suppose une installation effective et ne dispense jamais des obligations françaises sur les revenus de source française.
Aux Émirats arabes unis, et donc à Dubaï, l’impôt sur le revenu des personnes physiques est de 0 % : salaires, intérêts et loyers ne sont pas imposés. L’impôt sur les sociétés de 9 % introduit le 1er juin 2023 (au-delà de 375 000 AED de bénéfice) est un sujet distinct, sans effet sur les revenus d’emploi. La résidence fiscale, attestée par un certificat (TRC), exige une substance réelle : au moins 183 jours, ou 90 jours avec un foyer. Les Émirats appliquent le CRS depuis 2018 et une convention lie la France et le pays depuis 1989. Si votre foyer reste en France, l’administration française peut requalifier.
Le Qatar applique 0 % d’impôt sur les salaires des personnes physiques ; seules certaines activités commerciales indépendantes de source qatarienne sont imposées. Le pays participe au CRS et une convention le lie à la France.
Bahreïn ne prélève aucun impôt sur les personnes physiques, ni sur les plus-values, les successions ou les revenus étrangers. Une TVA de 10 % s’applique, et l’impôt minimum de 15 % entré en vigueur au 1er janvier 2025 ne concerne que les grands groupes multinationaux (chiffre d’affaires supérieur à 800 M$). Bahreïn applique également le CRS.
En Asie : la logique territoriale
Plusieurs places asiatiques n’imposent en principe que les revenus de source locale, ce qui peut laisser hors champ une part importante des revenus étrangers. La nuance tient aux conditions de rapatriement et aux réformes récentes.
Singapour applique la territorialité : les revenus étrangers non rapatriés sont généralement exonérés, et il n’existe pas d’impôt sur les plus-values. Le taux marginal maximum a été porté de 22 % à 24 % au-dessus de 1 000 000 S$ depuis l’année d’imposition 2024. La résidence suppose au moins 183 jours sur place.
Hong Kong repose aussi sur la territorialité : seuls les revenus de source hongkongaise sont imposés, via une salaries tax progressive de 2 % à 17 %, avec un taux standard de 15 % jusqu’à 5 M HKD et 16 % au-delà. Pas d’impôt sur les plus-values, les dividendes ou les intérêts. La qualification d’un emploi comme « non hongkongais » obéit à des conditions strictes, et il n’existe pas de convention fiscale France-Hong Kong réellement opérante.
La Thaïlande impose sur la base de la remise : les revenus étrangers sont taxés lorsqu’ils sont rapatriés. La réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2024 a mis fin à la règle de l’« année civile » : les revenus étrangers rapatriés sont désormais imposables quelle que soit l’année de perception, ceux d’avant 2024 restant hors champ. Le barème monte jusqu’à 35 %, et un assouplissement « deux ans » a été proposé sans être en vigueur.
La Malaisie propose le programme MM2H (Malaysia My Second Home), refondu en 2024 en trois paliers : Silver avec un dépôt de 150 000 USD (visa 5 ans), Gold à 500 000 USD (15 ans) et Platinum à 1 000 000 USD (20 ans). Les revenus de source étrangère y sont exonérés, selon une logique territoriale, avec un régime transitoire courant jusqu’en 2026 pour les revenus étrangers.
Dans les Amériques : territorialité et tax holidays
L’Amérique latine combine systèmes territoriaux et accès relativement simple à la résidence, mais l’absence de convention fiscale avec la France dans plusieurs cas appelle une vraie prudence.
Le Panama applique un système territorial : les revenus de source étrangère sont entièrement exonérés. Le Friendly Nations Visa, ouvert aux Français, suppose un lien économique (emploi local, société, ou investissement immobilier d’au moins 200 000 USD). Point de vigilance : il n’existe pas de convention fiscale générale France-Panama, ce qui ouvre la voie à des mesures défensives ; la sortie de France doit être sécurisée.
Le Paraguay est lui aussi territorial (revenus de source étrangère exonérés, loi 6380/19) ; l’IRP local s’établit à 8 %, 9 % ou 10 % sur les revenus paraguayens, et la résidence est d’accès facile. Là encore, il n’y a pas de convention France-Paraguay, d’où un risque de double imposition à anticiper.
L’Uruguay offre un tax holiday aux nouveaux résidents sur les revenus mobiliers étrangers : exonération l’année d’acquisition de la résidence, puis dix ans, soit onze ans, avant l’option d’un taux réduit. L’alternative historique d’un taux de 7 % à vie est en cours de suppression. Une convention lie la France et l’Uruguay, et la résidence suppose au moins 183 jours ou un centre d’intérêts sur place.
Dans l’océan Indien : Maurice, un régime souvent mal cité
Maurice est régulièrement présentée avec un taux unique de 15 %. Ce raccourci n’est plus exact. Depuis le 1er juillet 2025 (Finance Act 2025), l’île applique un barème progressif : 0 % jusqu’à 500 000 MUR, 10 % de 500 000 à 1 000 000 MUR, 20 % au-delà, auquel s’ajoute une Fair Share Contribution de 15 % au-delà de 12 M MUR. Maurice ne taxe ni les plus-values ni les successions. Une convention France-Maurice du 11 décembre 1980 est en vigueur, complétée par un avenant de 2011 sur l’échange de renseignements. Présenter Maurice comme « 15 % forfaitaire » est aujourd’hui une erreur ; le bon repère est le barème 0/10/20 % depuis le 1er juillet 2025.
Comment choisir sa destination
Le bon pays n’est pas celui qui affiche le taux le plus bas, mais celui qui correspond à votre profil et où votre installation tient debout. Un retraité, un dirigeant et un salarié détaché n’ont pas les mêmes leviers : un régime taillé pour l’activité, comme l’IFICI portugais, ne sert à rien à un pensionné. La fiscalité de l’expatrié selon la profession exercée conditionne fortement le choix.
Plusieurs critères se vérifient avant le départ. La résidence doit être réelle : la plupart des régimes supposent une présence physique supérieure à 183 jours par an et un centre des intérêts vitaux déplacé. L’existence d’une convention fiscale entre la France et le pays d’accueil change tout, car elle répartit le droit d’imposer et limite les doubles impositions ; son absence, comme avec le Panama ou le Paraguay, expose à des mesures défensives. Le coût de la vie, l’accès aux soins et la stabilité du cadre légal comptent autant que le taux affiché, d’autant que plusieurs régimes (Chypre, Italie, Maurice) évoluent d’une année sur l’autre.
L’enjeu est de bâtir un projet durable, pas d’optimiser un chiffre sur un an. C’est tout le sens d’une démarche d’expatriation fiscale construite avec méthode plutôt qu’au gré des classements.
Les garde-fous à connaître
Quitter la France ne fait pas disparaître toute imposition française. Les revenus de source française restent imposables en France même après le départ : revenus immobiliers, retenue à la source sur les salaires et pensions de source française, plus-values immobilières sur un bien situé en France. Aucun changement de résidence n’efface ces prélèvements.
L’exit tax peut s’appliquer au moment du départ sur les plus-values latentes de titres détenus, pour les contribuables concernés. Elle doit être anticipée et déclarée, faute de quoi le projet d’installation peut être fragilisé. Une vigilance particulière s’impose en 2026, le contexte législatif autour de l’exit tax restant mouvant.
Le CRS (Common Reporting Standard) est désormais partout. Tous les pays cités, y compris Andorre, la Suisse, Monaco, les Émirats ou Maurice, participent à l’échange automatique d’informations. L’opacité bancaire a disparu, et un départ purement fictif se voit. L’administration française requalifie les départs non réels : si le foyer, la famille ou le centre des intérêts vitaux restent en France, la résidence à l’étranger ne tient pas. La substance compte plus que l’adresse, et chaque régime étranger ajoute ses propres conditions de fond.
Pour cadrer votre situation précise avant un départ, un point d’étape via la page contact évite les erreurs coûteuses.
Questions fréquentes
Où s’expatrier pour payer moins d’impôts quand on est retraité ?
La Grèce propose 7 % sur les revenus étrangers des retraités pendant quinze ans, et Maurice un barème 0/10/20 % depuis le 1er juillet 2025. Attention : le Portugal n’exonère plus les pensions étrangères depuis 2024. Le sort des pensions dépend aussi de la convention applicable, à vérifier au cas par cas.
Dubaï est-il vraiment à 0 % d’impôt ?
Oui, les Émirats arabes unis n’appliquent aucun impôt sur le revenu des personnes physiques (salaires, intérêts, loyers). L’impôt sur les sociétés de 9 % introduit en 2023 est distinct. Mais la résidence fiscale exige une substance réelle (au moins 183 jours, ou 90 jours avec un foyer), et la France peut requalifier si votre foyer reste en France.
Pourquoi Monaco n’est-il pas une solution pour un Français ?
Monaco ne prélève aucun impôt sur le revenu, mais la convention franco-monégasque du 18 mai 1963 maintient les Français imposables en France (sauf installation ininterrompue antérieure au 13 octobre 1962). Pour un Français, Monaco est donc fiscalement inutile au regard de l’impôt sur le revenu.
Faut-il une convention fiscale avec le pays d’accueil ?
C’est fortement recommandé. Une convention répartit le droit d’imposer et limite les doubles impositions. Son absence, comme avec le Panama ou le Paraguay, expose à un risque de double imposition et à des mesures défensives françaises. La sortie de France doit alors être sécurisée avec soin.
Quitter la France suffit-il à ne plus payer d’impôt en France ?
Non. Les revenus de source française (immobilier, salaires et pensions de source française, plus-values immobilières françaises) restent imposables en France. L’exit tax peut s’appliquer au départ, et le CRS rend tout départ fictif visible. Seule une expatriation réelle et documentée tient face à l’administration.